J'espérais à Fontainebleau Savourer les bois solitaires, Mais par malheur ce lieu si beau Grouille de militaires. Parmi la feuille et le granit, Dès l'aube en soldat malhonnête Réveille l'oiseau dans son nid, Au son de la trompette. Le silence étend son velours Dans le creux d'un vallon sauvage ; Mais sur les rochers, des tambours Font leur apprentissage. Refaisant le monde et chantant L'avenir large et l'espérance, On s'éveille en sursaut, heurtant Un pantalon garance. Puant fort le vin et l'amour, Des femmes à soldats font tache Sur des prés où jusqu'à ce jour J'ai vu paître la vache. Ne pourrions-nous pas - en secret - Sans nuire au pouvoir qui gouverne, Une nuit porter la forêt Bien loin de la caserne ?...